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Entretien avec Annemarie Gielen de Pax Christi au sujet de la culture de la paix et de la non-violence

Le 21 septembre 2019, Fedactio s’est entretenu avec Annemarie Gielen, directrice générale de Pax Christi Vlaanderen, la section flamande du réseau mondial d’organisations d’inspiration chrétienne œuvrant pour la paix et la non-violence. Cette interview s’inscrit dans le cadre de notre campagne Speak Right Now durant laquelle nous organisons des activités et mettons en lumière des responsables politiques, académiques ou associatifs œuvrant en faveur des droits humains et de la cohésion sociale. 

Annemarie Gelen a commencé à travailler pour Pax Christi International après des études en langues et cultures d’Europe orientale à la KULeuven. Un an plus tard elle se rendait en Russie pour travailler sur les droits de l’homme. Elle n’aurait jamais pensé devenir un jour une activiste de la paix, voici maintenant 17 ans qu’elle travaille chez Pax Christi Vlaaderen dont 7 ans en tant que directrice générale. Dans le cadre de la Semaine de la Paix, nous avons pu nous entretenir sur ses motivations personnelles et professionnelles. 


Pourriez-vous nous décrire les objectifs de Pax Christi ?

Pax Christi Vlaanderen travaille sur 4 axes pour promouvoir la culture de la paix. Le premier de ces axes est un travail de formation. Nous aidons les gens à identifier les conflits et/ou injustices et examinons ensemble des moyens de parvenir à une résolution pacifique. Nous œuvres en Flandre, mais également dans les zones de conflits comme en Russie, en Ukraine, au Congo ou via notre réseau international en Palestine-Israël.

La paix mondiale est un plan très ambitieux, comment l’envisagez-vous ?

Nous employons différentes approches pour œuvrer à la consolidation de la paix. Il est important pour nous de ne pas parler à la place des personnes impliquées, mais de trouver des solutions conjointement. En Flandre par exemple, dans le cas de conflits liés aux migrations ou aux détentions, nous rencontrons les acteurs concernés. Il en va de même pour nos opérations en Russie ou au Congo. Nous cartographions le conflit, et établissons des collaborations avec les groupes qui souhaitent agir de manière non-violente. Nous ne prétendons pas détenir toutes les réponses ou des vérités absolues sans discussion. Cependant nous avons une expérience des méthodologies et des théories qui peuvent nous aider à lancer certains processus de paix. Réciproquement, nous essayons d’apprendre de ces groupes et de les impliquer dans nos campagnes de lobbying et de sensibilisation. 

Comment voyez-vous la relation entre spiritualité, étude et action ? 

La spiritualité est un aspect important de notre organisation. C’est une source d’énergie et un rempart contre le cynisme et le sentiment d’impuissance. Pax Christi est né en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Inspirés par la Bible, les fondateurs ont appelé comme il est rapporté de Jesus à « aimer l’ennemi et à prier pour le bien-être de ceux qui nous persécutent ». Ils voulaient briser la spirale de la violence en étant compatissant envers la population allemande. 

Travaillez-vous également sur le dialogue interculturel ou interreligieux ? 

Nous devons créer une société inclusive. Au sein de notre équipe et de notre cercle de benévoles il existe une grande diversité d’expériences religieuses. Notre objectif est d’apprendre à connaître et à respecter l’autre par le biais de rencontres. Par exemple, chaque mois nous organisons des méditations interreligieuses au cours desquelles des personnes de différents horizons se réunissent et méditent. Mais nous avons également diverses publications et formations sur l’utilisation du texte biblique comme outil pour promouvoir la paix. Grâce à ces travaux, nous pouvons créer des ponts avec les musulmans, les juifs, les orthodoxes, les humanistes… 

Quel est votre principal objectif en tant que directrice générale ? 

Mon rêve est que Pax Christi n’aie plus de raison d’exister *rires*. Mais à court terme, je souhaite que le monde puisse avoir la patience de comprendre les autres dans leur différence. Que chacun fasse son introspection et se demande « Pourquoi ai-je cette opinion ? Pourquoi je me comporte de cette façon ? » Tout le monde se pose des questions existentielles mais personne n’a de réponse toute faite. Le doute et l’incertitude peuvent exister, mais ils sont source de frustration et de conflit. Les gens doivent comprendre qu’il est possible d’agir, de faire un travail sur soi-même et d’aider les autres. Plutôt que d’adopter une attitude cynique et violente, un changement de mentalité serait souhaitable. Personne ne veut vivre des tensions en permanence, tout le monde désire la paix. 

Que peuvent concrètement faire les gens pour soutenir la paix ?

Nous encourageons les gens à être critiques. Si vous voulez vous faire une opinion sur quelque chose il est utile de s’y plonger, cela va de l’écologie à l’économie. Si vous vous sentez impuissance face à une situation, il est important d’essayer de la changer. De cette manière, qu’elle que soit l’ampleur du changement vous contribuez à une société meilleure. Dans les régimes autoritaires tels la Turquie ou la Russie, il y a toujours des initiatives et des réseaux d’entraide et de résistance. La lutte non-violence est difficile mais en vaut la chandelle, car la violence cause toujours plus de dégâts. 

Quelle expérience retenez-vous de toutes ces années de lutte pour la paix ? 

La chose la plus importante que j’ai apprise est l’énorme capacité de résistance qu’ont les personnes victimes d’injustice. Je pense à l’aura de dignité qui les entoure dans leur combat. C’est pour moi une source de motivation de savoir qu’il existe des personnes qui ne s’abandonnent pas au pessimisme ou au désespoir. Le seul moyen c’est de garder espoir. Pax Christi a une influence majeure sur le plan individuel. À titre d’exemple notre plan de réconciliation entre Russes et Tchétchènes na pas conduit les présidents de ces républiques à tomber dans les bras l’un de l’autre, mais les personnes qui ont participé à nos rencontres se comprennent mieux. Cela a permis de créer des liens d’amitié entre Russes et Tchétchènes qui étaient auparavant inconcevables. Au Congo des groupes appellent depuis des années par la non-violence à plus de démocratie. Malgré le résultat des élections, de nombreux Congolais ont voté. Cette participation démocratique procure aux gens un sentiment de dignité et d’engagement. Il est possible d’obtenir des résultats après un travail de cooperation à long terme sur les droits civils, les droits humains, la paix… 

Quels changements remarquez-vous dans le climat politique actuel ? 

Il y a 15 ans les tensions internes à notre société n’était pas au premier plan, notre action était surtout tournée vers l’étranger. Une part importante de notre société est dérangée par la diversité. Ce sentiment de malaise est exacerbé par l’escalade verbale des politiciens comme Donald Trump ou Vladimir Poutine. En outre, il y a l’urgence climatique que les gens ne veulent pas entendre. Ces nouveaux défis nous concernent évidemment. Lors de nos semaines de la paix en 2017 et 2018, nous avons travaillé sur la manière dont les gens peuvent désamorcer les tensions dans leur propre société. Lors des élections communales nous avons développé une méthode de théâtre participatif. Par le biais de représentations théâtrales interactives, nous ouvrons un dialogue avec le public. L’objectif est de stimuler la pensée critique et de montrer que des alternatives sont possibles. 

Comment percevez-vous le raidissement de pays européens comme la Pologne et la Hongrie, mais aussi en Turquie ou en Russie ? 

Nous avons toujours été d’ardents défenseurs de l’Union européenne. Nous observons avec tristesse des attaques de toutes parts contre le projet de paix européen. Avec les autres filiales de Pax Christi en Europe, nous plaidons devant le Parlement européen. Nous nous efforçons de maintenant au premier plan la paix, la coopération et le dialogue. 

Comment impliquez-vous les jeunes dans votre lutte ? 

Nous communiquons via des canaux que les jeunes utilisent. Nous touchons les jeunes par le biais des universités, et souhaitons à l’avenir coopérer davantage avec les organisations jeunesse. Nos sympathisants les plus âgés disent parfois que les jeunes ne s’intéressent plus aux questions sociales, mais ce n’est pas ce que je constate. Les jeunes sont de plus en plus conscientisés à cause de la polarisation sociétale et du changement climatique. 

La Belgique siègera au Conseil de sécurité des Nations Unies de 2019 à 2020, quel message souhaitez-vous faire passer ? 

La Belgique siège au Conseil de sécurité avec un message fort que nous soutenons : « Bâtir le consensus, agir pour la paix ». Seulement nous constatons dans la pratique que peu de ressources y sont allouées. Si nous nous penchons sur le budget fédéral, force est de constater que les dépenses consacrées à la paix ont fortement diminué. Le gouvernement veut faire des économies, mais ne peut pas ne pas voir l’urgence. Il y a très peu de débats au sein du Parlement sur comment résoudre les conflits internationaux. On préfère se concentrer sur la modernisation de la Force aérienne et l’achats de nouveaux avions de combat. Le renouvellement de l’équipement semble aller de soi, « l’armée a besoin de nouveaux avions de combat », mais ce postulat n’a pas été discuté. Que va faire la société belge de 30 nouveaux avions de combat à 15 milliards d’euros ? Si vous vous opposez à cet achat, les gens vous trouveront stupides ou naïfs, mais c’est en réalité l’inverse. Si les gens prenaient conscience du coût des bombes larguées sur l’Irak ou la Syrie et de leurs conséquences sur le terrain, plus personne ne voudrait investir dans cela. Les gens ne se rendent pas compte de ce que représente 15 milliards. Nous pensons que si les gens sont crédules et se laissent abuser c’est parce que cela répond à un sentiment de peur. Pourquoi n’investissons-nous pas cet argent dans la transition vers une industrie pauvre en émission CO² ? On peut aussi se demander pourquoi le budget alloué à ces avions dépasse celui de la Santé. Il suffit de penser aux parents de Pia qui ont désespérément lancé un appel aux dons pour couvrir les frais de traitement de leur enfant. 

Vous organisez votre 30me semaine de la paix. Quelle est la particularité de cette édition 2019 ? 

Nous sommes les instigateurs de cette semaine, mais nous invitons d’autres organisations et partis politiques à y participer. Nous travaillons ici aussi sur 4 axes. Au niveau politique nous publions des recommandations. Sur le volet éducatif nous nous adressons aux écoles et aux centres extrascolaires. En ce qui concerne la sensibilisation, nous essayons de toucher les gens via internet et les réseaux sociaux, mais aussi via des soirées-débats et actions de rue. Nous invitons également chaque année une personne à témoigner. Cette année il s’agit d’un Sud-Soudanais qui travaille dans les zones de conflits. Enfin nous avons un volet spirituel avec la lecture de textes sur la thématique de la paix. 

Comment voyez-vous l’avenir de votre mission ? 

Je suis une personne très optimiste. Je pense que le désir de paix est partout. Les gens veulent d’un monde de paix qui leur permet d’aller à l’école, au travail, de fonder une famille. Consolider la paix ne se fait pas sans le dialogue et la coopération. Tout le défi consiste à impliquer les gens dans la construction d’une société pacifique, qu’ils se sentent investis par ce projet. Je suis convaincue que chaque individu est capable d’œuvrer pour la paix, il faut juste lui en donner l’occasion.

Partage de l'Achoura lors d'une rencontre interreligieuse a Liège

Le dimanche 29 septembre 2019, les membres de Golden Rose Liège, association membre de Fedactio, ont participé a une rencontre interreligieuse lors de la messe dominicale de l’église des Bénédictines et en ont profité pour distribuer le dessert de L’Achoura. 

Le jour de l’Achoura correspond au dixième jour du mois de Muharram dans le calendrier musulman et représente un moment de célébration important dans le calendrier des fêtes religieuses et culturelles.

Selon la tradition musulmane cette journée a marqué la vie de nombreux prophètes :
• Le repentir d’Adam a été accepté ;
• L’arche de Noé s’est échouée sur la montagne après la fin du Déluge ;
• Abraham est né, et a été sauvé des flammes lors de son bûcher ;
• Jonas s’est extirpé de l’abdomen du poisson qui l’avait avalé ;
• Joseph a été sauvé du puits où il fut emprisonné par ses frères et il y eut les retrouvailles avec son père ;
• Job a guéri de sa maladie ;
• Moïse a traversé la mer rouge avec son peuple.

Lors de cette rencontre, le prêtre a prononcé des paroles accueillantes :
« Soeur et Frère, nous célébrons aujourd’hui, la fête des trois Archanges Gabriel, Raphaël et Michel. C’est aussi l’occasion d’accueillir nos frères musulmans parce que dans le Coran on parle de l’ange Gabriel qui est cité sous le nom de « Djibril ». Les musulmans sunnites célèbrent une fête peu connue chez nous, la fête de l’Achoura qui célèbre la délivrance par Dieu, de Moise des mains de Pharaon.
En tout cas, le fait de nous retrouver avec deux communautés différentes correspond parfaitement avec la lecture de ce jour, le livre d’Amos et la parabole racontée par Jésus, nous invite à quitter nos horizons trop étroits, trop bornés et à sortir de tous nos aveuglements pour voir Dieu dans les cœurs de chacun et de chacune. »

Après la messe, toutes les personnes présentes ont été invitées à partager le dessert d'Achoura spécialement préparé par les membres de Golden Liège à cette occasion.

Rencontre avec Hamsi Boubeker ou l'art au service de la paix

Dans le cadre de la journée mondiale de la paix, Fedactio s’est entretenu avec Hamsi Boubeker artiste peintre dont l’œuvre toute entière est un message de paix et de tolérance. Du dialogue des cultures à son travail auprès des enfants, le parcours de Hamsi Boubeker nous éclaire sur la contribution de l’art  à la paix.

Monsieur Boubeker bonjour. Merci de nous recevoir, vous êtes un artiste polyvalent, né à Bejaia en Algérie, vous vivez en Belgique depuis 1979. Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours et ce qui a suscité votre carrière d’artiste ? 

La carrière d'artiste est venue comme ça par hasard mais avant d'être artiste on récolte déjà les fruits de l'art quand on est enfant. Je viens de la société kabyle où les enfants vivent proches des parents, de la famille des tantes. La fête y est toujours présente. Quand j'étais petit j’aimais beaucoup accompagner ma mère à des mariages parce qu'il y avait de la musique, on dansait, il y avait aussi des bonnes choses à manger. Pendant la guerre il y avait un couvre-feu, et ma grand-mère pour embellir un peu ces soirées qui étaient tragiques puisque on entendait les bombes qui explosaient, pour nous attendrir elle nous racontait des contes. Voici donc un fait culturel et artistique que j’ai vécu. Déjà à l'école maternelle, j'aimais beaucoup dessiner et quand je suis arrivé à l’école primaire, les cours que j'aimais le plus étaient ceux où on pouvait dessiner : la géographie, l'histoire, les sciences naturelles... Sans avoir une idée que plus tard j’allais devenir artiste, j’avais déjà des éléments que j'ai gardé en moi et porté jusqu'à l'indépendance [Ndlr 1962]. 

Durant la colonisation on n’avait que la maison, l'école et le quartier. Le reste, tout ce qui était culturel était occupé par les Français : le cinéma, le théâtre, les manifestations culturelles c’était les Français qui en profitaient. Nous on avait pas droit à tout ça, il n’y avait pas la télévision, la radio c’était un média bourgeois, même si mon père avait quand même une petite radio qu’il mettait de côté. Après l’indépendance j’ai pu découvrir pour la première fois qu’à Bejaia il y avait un conservatoire de musique. Je m’y suis inscrit et y ai fait mes premiers pas dans la chanson algérienne au sein d’une chorale. Par la suite j’ai rencontré Sadek El Béjaoui, j'aime beaucoup dire son nom, ce fut mon maître, un très grand maître qui a formé beaucoup de grands artistes d'Algérie. 

De là je suis parti à Alger qui a été pour moi une école de la diversité par rapport aux artistes que j'ai pu y rencontrer qu'ils soient chanteurs, écrivains, auteurs de théâtre... Comme Kateb Yacine qui était un des plus grands auteurs de théâtre, des chanteurs comme Djamel Allam ou Idir, qui sont connus et reconnus. J'ai aussi eu la chance d'avoir comme directeur durant mon service civil Mouloud Mammeri qui était l’un des plus grands écrivains kabyles. Confronté à ces gens, j'ai porté en moi des connaissances, des valeurs humaines, artistiques, morales, citoyennes. Avec des gens comme ça on ne peut que construire le respect et la tolérance. Mais ces valeurs il ne faut pas oublier que ce sont les parents qui me les ont inculqués en premier lieu, ou plus exactement la famille élargie. Vous savez quand vous êtes dehors, si les parents ne sont pas là, c'est le voisin d'à côté, l'épicier ou le menuisier qui prend en charge l'éducation des enfants. Toutes ses valeurs, je les ai emmenées avec moi lorsque j’ai débarqué à Paris en 1978 où je devais faire un enregistrement dans une maison de disques destinée à la chanson kabyle. Au bout de 6 mois mon visa était périmé et je devais quitter la France. Je ne voulais pas retourner en Algérie parce que la vie en Algérie à cette époque était très difficile quand on était berbère kabyle et qu’on le revendiquait. On risquait la prison, les tortures. C'était le règne de ce qu'on appelle la politique d'arabisation à outrance. Encore aujourd’hui on continue de nous dire que nous sommes Arabes, que notre seule culture c’est l’arabe, la seule religion c’est l’islam. Et on efface toute une histoire, tout ce que nous sommes véritablement. À l'époque, je militais discrètement en faisant attention à la sécurité militaire. Aujourd’hui encore on découvre tout le mal qui s’est passé en Algérie après que les Français soient partis. Après l'indépendance c'est une autre forme de colonisation qu'on a eue, avec des gens qui ont pris le pouvoir, ont créé des clans et ont profité très largement des richesses de l'Algérie. 

De Paris je suis venu à Bruxelles parce que j'avais un beau-frère qui militait avec le Front du Nord ; des avocats qui pendant la guerre aidaient les Algériens qui avaient des problèmes avec les Français, comme les condamnés à mort, à passer en Belgique et sur le plan juridique. Je pense notamment Serge et Henriette Moureaux. Ils m’ont donc envoyé en Belgique où je suis tombé sur certains membres de ce réseau. Et, comme si l’histoire recommençait, je suis arrivé avec un visa de 45 jours et ne voulais pas retourner dans mon pays. J’ai tenté de retourner en France où je comptais obtenir un visa une fois l’enregistrement de mon disque terminé, mais j’ai été refoulé à la douane française. C’était la loi dite Stoléru, qui demandait de refouler systématiquement toute personne du Maghreb qui tentait d’entrer en France. J’ai vu sur mon passeport un grand « R », pour refoulé. Et là fort heureusement le Front du Nord a trouvé une solution pour que je puisse rester vivre en Belgique en tant qu’artiste. Serge Moureaux qui m’a pris en charge. J’ai commencé à chanter, j’avais une guitare, c’était mon arme qui, comme dirait Kateb Yacine « ne tue pas mais fait vivre ». Je dénonçais le pouvoir tout en faisant connaitre la chanson kabyle qui était à la mode à l’époque. J’ai vite été adopté par les mass media, j’ai fait toutes les télévisions, les journaux, salles de spectacle et festivals de Belgique. À l’époque les gens étaient idéalistes, ils manifestaient, participaient à des fêtes de soutien. Quand on m’appelait pour chanter contre le racisme, les armes nucléaires, les femmes battues, je retrouvais autour de moi d’autres artistes latinos, africains, turcs, et toute une diversité porteuse d’un message de paix, de tolérance, de respect. C’est Bruxelles qui m’a permis de connaitre ces cultures, car en Algérie il n’y avait que les Algériens et le Français. Ici je voyais des gens qui croyaient en leur combat, qui allaient sur le terrain, ma vie en tant qu’artiste a commencé là. 

À quel moment avez-vous eu le déclic et vous êtes-vous dit que vous seriez artiste ? 

On ne choisit pas d’être artiste. Je dis toujours que je suis un artisan par un artiste. Aujourd’hui je suis artiste peintre et auteur de contes pour enfants. Je dis toujours que je suis l’homme le plus heureux au monde ; faire de l’art, c’est beau, c’est plein de couleurs, on raconte la vie des gens. Ma peinture « La Terre est mon village » c’est un peu mon enfance à travers la vie des Kabyles. L’art est un moment de convivialité et d’échange. Quand je chantais je rencontrais des racistes qui me disaient « toi tu n’es pas comme les autres car tu fais de belles choses » et je répondais que moi j’ai la chance de montrer de belles choses, mais qu’il y a des milliers de personnes qui ont des valeurs humaines, de la beauté dans leur façon de parler, de créer, et peut-être qu’ils n’ont pas eu la chance de la voir. Le racisme c’est ne pas connaitre l’autre.

Quand je rencontre des gens c’est comme si la terre n’avait pas de frontières et que nous pouvions vivre ensemble. À travers l’art, il y a plus de choses qui nous ressemblent que de choses qui nous distinguent, et tout ce qui nous ressemble nous rassemble. 

La peinture m’a aidé à replonger dans mon enfance que j’ai toujours aimée malgré la guerre. Quand je peins une scène de mariage, j’essaie de m’imaginer les femmes qui chantaient avec leurs beaux habits, les bijoux, les gâteaux qu’on distribuait, toute cette convivialité… pour le jardin la cueillette des olives, tout ça ce sont des instants de bonheur que je revis à travers mes œuvres et souhaite partager avec mon public. Quand on parle de l’art on parle de bien-être, de bonheur, de vivre-ensemble. 

Vous êtes aujourd’hui bien connu des Bruxellois pour vos Mains de l’espoir qui ornent entre autre la station de métro Lemonnier, pourriez-vous nous en dire plus sur la symbolique de cette œuvre ? 

La main dans la culture berbère a un pouvoir. On dit que quand on tend la main avec ses cinq doigts ouverts c’est pour rejeter le mal, le mauvais œil. À l’époque les femmes mettaient l’empreinte de leur main au henné au-dessus de la porte de la maison. Quand un enfant nait, on lui dessine également une petite main sur la poitrine pour le protéger. Si la main a une symbolique positive, elle peut aussi faire du mal, elle peut frapper, mettre le feu… mais moi j’ai choisi le bien. J’ai choisi la main ouverte comme motif de la paix dans le monde et du respect des cultures. 
J’ai commencé en 1994 à partir du calque de la main pour écrire un message de paix et de tolérance. J’ai organisé un travail didactique, en parlant de paix avec des enfants dans les écoles. Je leur disais « vous allez construire le monde de demain et c’est vous qui allez pouvoir arrêter les guerres ». Après discussion, je leur demandais d’illustrer un message de paix. Pour les enfants qui dessinent c’est une partie de leur corps qui est représentée et ils pensent inconsciemment que la main qu’ils vont mettre a le pouvoir d’arrêter les guerres. Cette opération a eu un succès énorme, elle a été organisée dans 82 pays et lors de nombreux rassemblements. 

Puis l’idée a été de travailler avec différentes catégories sociales. J’ai organisé des rencontres entre des enfants et des personnes du troisième âge. C’était important car justement certaines personnes ont connu la guerre, et elles racontaient ce qu’elles avaient vécu. Ensemble ils ont fait de magnifiques dessins. Ensuite j’ai travaillé avec les personnes handicapées, puis dans les prisons. On a fait un travail avec des détenus et leurs enfants où j’ai demandé que les détenus illustrent le calque de main de leurs enfants et vice-versa. Ce travail est aujourd’hui exposé dans la salle des visites de la prison de Saint-Gilles. Je suis allé dans des écoles réputées difficiles et obtenus des résultats extraordinaires parce que ces jeunes parfois issus de pays en guerre se sentaient touchés par le message. Différentes personnalités se sont associés aux Mains de l’espoir, le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez, madame Mitterrand, l’Abbé Pierre, des artistes comme Folon, Adamo, beaucoup de chanteurs, d’acteurs sont venus laisser le calque de leur main avec un message de paix et de tolérance. Beaucoup d’associations et d’enseignants sont devenus les ambassadeurs de la paix, en demandant à des personnalités de participer au projet en entrant dans la ronde universelle. 

J’ai remarqué à l’époque que la journée de la paix était une journée flottante et qu’il était nécessaire de la stabiliser afin que le 21 septembre, partout à travers le monde les gens puissent organiser des évènements autour de la paix. J’ai obtenu un rendez-vous en 2001 aux Nations Unies auprès de l’épouse de Kofi Hannan afin d’aller accompagné des enfants déposer une requête, pour que la journée de la paix soit stabilisée. Alors que tout était prêt, nous avons été confronté aux attentats du 11 septembre. Avec le massacre des deux tours, c’est tout un travail qui a été détruit. J’étais moralement perdu et il m’a fallu du temps pour reprendre les Mains de l’espoir. Petit à petit je l’ai délégué aux associations. Plus récemment j’ai repris contact avec l’ONU pour qu’on reconnaisse que la Journée internationale de la paix a été stabilisée par l’artiste Hamsi Boubeker grâce au projet porté par tous ces enfants, j’attends leur réponse. 

Plus récemment vous avez été désigné membre du Jury international du concours Paix organisé par l’UNESCO. Comment pensez-vous que l’art puisse contribuer à la paix ? 

J’ai été désigné par le secrétariat belge auprès de l’UNESCO en tant que juré d’un concours de dessin autour de la paix. Je vais me retrouver avec de grandes personnalités avec qui nous discuterons de ce sujet. 

Selon moi l’art peut contribuer à la paix par les rencontres. Comme je dis souvent « si tu veux la paix prépare l’enfance ». Moi pendant la guerre mes parents me parlaient de respect, de tolérance… pendant la guerre, pendant que des gens se faisaient tuer. Si on ne va pas vers les enfants pour les laisser s’exprimer, pour les faire participer à un projet autour de la paix et du respect, que ce soit dans les écoles, dans les associations, à la maison… on va rater une très belle occasion d’avoir une jeunesse qui soit véritablement soucieuse de ce que va devenir la planète de demain. L’art c’est quelque chose de beau, dénué de méchanceté ou d’agressivité. Sur les dizaines et des dizaines de milliers de dessins des Mains de l’espoir, je n’ai jamais vu un dessin où il y avait du sang, des barbelés... C’est toujours, le soleil, les fleurs, la main dans la main, les couleurs… L’art nous ouvre ses portes pour qu’on y pénètre avec confiance. Et une fois qu’on est dans le monde de l’art, la convivialité se crée ; les gens deviennent sereins, ne font plus d’amalgames. Notre but commun c’est de voir une terre apaisée, sans guerres, sans catastrophe climatique. L’art peut créer des ponts, véhiculer un message dans son expression la plus tendre, la plus parlante. L’art est un bel habit qu’on porte, une arme qui ne tue pas mais fait vivre. 

En parlant de jeunesse, vous participez aussi chaque année au jury du concours de dessin « L’Art du vivre ensemble » organisé par Francolympiades avec le soutien de Fedactio. Est-ce important en tant qu’artiste de soutenir la jeunesse ? 

Ça fait maintenant la 8e année que j’y participe et je salue l’initiative. J’ai toujours félicité Fedactio et Francolympiades pour ce travail à l’échelle nationale d’aller dans les écoles, auprès des jeunes et de travailler sur des thèmes comme la paix, le vivre ensemble, la liberté, etc. La grande finale c’est un peu la fête des enfants, les gens sont heureux, on échange, on partage. Je retrouve un peu ce travail des Mains de l’espoir dans cette ambiance conviviale. 

Vous qui avez vécu des deux côtés de la Méditerranée, quel message souhaitez-vous faire passer à partir de votre expérience ? Qu’est-ce que le dialogue des cultures a à nous apporter ? 

J’aimerais bien qu’il y ait un grand pont entre l’Algérie - l’Afrique - et l’Europe et que ce pont puisse servir à nous rencontrer, à échanger, nous rapprocher. Dans le passé la Méditerranée était un pays. Du temps des Romains on parlait plus des villes qui l’entoure. Aujourd’hui cette Méditerranée a été délaissée et est devenue comme un gouffre. D’ailleurs nous assistons presque chaque jour à des gens qui veulent fuir et qui meurent en mer. Ces gens vivent dans leurs pays la misère, des régimes cruels qui bouffent l’argent du peuple et ils traversent la mer à la recherche du bonheur. J’aimerais rapprocher les deux continents et dire que nous sommes avant tout des êtres humains. Khalil Gibran disait « la terre est ma famille et l’univers ma patrie », moi je dis « la terre est mon village ». Tout le monde a à gagner à dialoguer. Aujourd’hui nous sommes plus de 90% à ne pas vouloir la guerre, il n’y a que les vendeurs d’armes, les militaires qui construisent des armes, les vendent et les mettent entre les mains de bourreaux comme on le voit au Yemen actuellement. Il faudra arriver à convaincre notre jeunesse à continuer à militer pour la paix.

La Colombe de l'Espoir - Oeuvre d'HAMSI
La Messagère de la paix - Oeuvre d'HAMSI

Dialogue interreligieux convivial autour du dessert de l'Achoura à Schaerbeek


Ce dimanche 15 septembre 2019, à l'occasion de la commémoration de l'Achoura, une vingtaine de bénévoles de Fedactio ont été reçus par l'unité pastorale de Kerkebeek à l'église Sainte-Suzanne de Schaerbeek. Notre équipe a profité de l'occasion pour distribuer un dessert traditionnel et discuter avec les paroissiens dans une ambiance chaleureuse et fraternelle.

C'est en un dimanche ensoleillé que nous avons été accueillis à l’Église Sainte-Suzanne de Schaerbeek. Nous y avions déjà été conviés par l'unité pastorale de Kerkebeek lors d'un iftar organisé au mois de mai (cliquez ici pour en lire le compte-rendu).
C'est dans le cadre de la commémoration de l'Achoura que nous avons cette proposé cette rencontre de dialogue interreligieux. L'Achoura est le 10ème jour du premier mois du calendrier musulman, c'est un jour de grande importance pour les musulmans. 
Selon la tradition musulmane c'est le jour où Adam fut pardonné de son péché, où Abraham fut sauvé du feu et où Moïse fuit l’armée de Pharaon et traversa la mer Rouge. Dans les traditions musulmanes de Turquie et des Balkans c'est aussi un jour où l'on commémore l'accostage de Noé après le déluge. À cette occasion les familles musulmanes préparent et distribuent au voisinage un dessert dénommé "Achoura" ou "pudding de Noé". Ce dessert trouve son origine dans l'histoire de Noé : selon la tradition, lorsque l'arche accosta, la famille de Noé voulut préparer un festin afin de célébrer le fait d'avoir la vie sauve. Comme il ne leur restait plus que quelques vivres, ils prirent tout ce qu'ils avaient pour préparer le repas qui, multiplié par la grâce de Dieu, put rassasier tout le monde. 

De cette tradition découle la préparation du dessert d'Achoura qui bien qu'il ait un goût particulier, permet de distinguer la saveur de chacun de ses ingrédients. La particularité de ce dessert est qu’il se compose d’ingrédients très variés comme des haricots, des noix, des pois chiches, des dattes, des raisins secs, des amandes, des abricots, de la grenade et donne un résultat délicieux.
Ainsi l'Achoura est à la fois un symbole fort du partage et du vivre-ensemble, mais également à l'image de la société que nous promouvons : une mosaïque de cultures, de religions et de philosophies distinctes, qui vivent en harmonie au-delà de leurs différences. 
Nous sommes convaincus que si nous travaillons ensemble pour une société solidaire et respectueuse, où chacun et chacune a sa place peu importe ses convictions, tous réunis nous parviendrons à un résultat aussi extraordinaire que le gout de l’Achoura. Ainsi nous avons proposé à nos bénévoles de préparer et distribuer ce dessert après avoir assisté à la messe dominicale et en profiter pour discuter avec les paroissiens.

Nous remercions chaleureusement l'unité pastorale de Kerkebeek de nous avoir ouvert ses portes pour un moment de partage. À l'heure où notre société est plus que jamais divisée et que les messages de haine et d'hostilité prolifèrent, vous nous avez délivré un message fort d'ouverture et d'amitié. Nous remercions particulièrement Mme Anne Peyremorte dont la joie et la bonne humeur est communicative. Nous espérons que des collaborations fructueuses verront le jour au cours des mois à venir.

Visite du BPS22 par les élèves du Collège des Étoiles Charleroi

Le 26 juin 2019, les élèves du Collège des Étoiles Charleroi, membre de Fedactio, ont visité le BPS22 dans le cadre de l’exposition “Hôtel Démocratie : Expo de projets d’architecture”.

Situé à Charleroi, à quelques pas de l’Université du travail et du Musée des Beaux-Arts, le BPS22 est un musée d’art contemporain qui est particulièrement orienté vers la médiation culturelle.

Cette exposition était l’oeuvre d’étudiants en première année de bachelier à la Faculté d’Architecture de l’Université de Liège.

Ceux-ci ont préalablement étudié Charleroi et son identité urbaine pendant plusieurs mois et ont construit un projet de bâtiment ou d’aménagement à travers une interprétation subjective du thème d’Hôtel Démocratie

L’occasion pour les élèves des Étoiles d'examiner les problématiques liées à l’urbanisme et son impact sur la société. À la suite de leur visite, les élèves ont fait une promenade réflexive autour de la charte graphique des commerçants de la ville.

L’École des Étoiles de Charleroi organise la Fête la lecture


Le 29 mai 2019, l’École des Étoiles de Charleroi, membre de Fedactio, a organisé le Fête de la lecture afin de donner l'envie de lire à ses élèves ! Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il fasse beau, le livre sera toujours un ami agréable et léger.

Lire offre des atouts indéniables à nos enfants : développement de l’imagination et de la sensibilité, accès à de nombreux savoirs, découverte de belles histoires, éveil de la curiosité, mais aussi stimulation de l’esprit, meilleure expression orale, etc.

La lecture est également un bon moyen d’apprentissage car elle permet aux enfants d’acquérir des connaissances auxquelles ils n’auraient pas forcément songé dans un cadre purement scolaire. Ils apprennent de nouveaux mots qu’ils peuvent ensuite replacer dans différents contextes ; le sens de ces mots se précise, ils se familiarisent avec et enrichissent leur vocabulaire ainsi que leurs capacités de raisonnement. Autant d’acquis qui leur permettront d’aborder plus sereinement les années de primaire, de collège et bien plus !

Afin d’inciter les jeunes à lire et de renforcer les acquis de l’année écoulée, les Étoiles ont organisé un événement où enfants et parents ont pu (re-)découvrir la lecture. Les enfants ont également préparé un mini-spectacle et reçu des livres. Car il est essentiel qu’un enfant découvre que lire offre de solides atouts pour son avenir, l’École des Étoiles a a souhaité à travers cette activité souligner l’importance de la lecture pour s’évader, imaginer et acquérir du vocabulaire, être plus facilement en contact avec le monde qui nous entoure.



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